Site Officiel du Château de Blois
Le château de Louis XII et d'Anne de Bretagne
Un palais pour les réceptions royales
Bâtie pour le roi et Anne de Bretagne, l’aile Louis XII reste fidèle aux formes gothiques, mais témoigne d’un nouvel art de vivre et d’une attention nouvelle portée à la distribution intérieure inspirée de l’Italie. Elle abrite aujourd’hui le musée des Beaux-Arts de la ville de Blois.

C’est sans doute peu après son avènement au trône de France, en avril 1498, que Louis XII entreprend la reconstruction du château de Blois, sa résidence favorite où il est né trente-six ans plus tôt. En décembre 1498, on sait que « des maçons besognoient à Bloys ». Le chantier est rondement mené. A la fin de 1500, le chroniqueur Jean d’Auton observe que le logis est reconstruit « tout de neuf et tant somptueux que bien sembloit œuvre de roy ». Et en décembre 1501, le logis neuf est sans doute achevé puisqu’il est en état d’accueillir, dans un décor somptueux, l’archiduc d’Autriche Philippe le Beau et son épouse Jeanne de Castille, future Jeanne la Folle, sur la route qui les conduit de Bruxelles à Madrid.

D’autres travaux sont réalisés sous le règne de Louis XII et d’Anne de Bretagne. La chapelle Saint-Calais, également reconstruite, est consacrée en novembre 1508 par Antoine Dufour, évêque de Marseille et confesseur de la reine. Une galerie adossée à la chapelle permet alors de passer de l’aile neuve à un autre logis en fond de cour, probablement plus ancien, dont la façade est revêtue de briques et doté d’une terrasse dominant la cour. Ce bâtiment était connu sous le nom de « perche aux Bretons » parce qu’il aurait hébergé la garde et la maison de la reine.

On ignore le nom de l’architecte de l’aile Louis XII. Toutefois, lors d’une enquête conduite à Bourges en 1508, le maître-maçon Colin Biart se dit né à Amboise en 1460 et déclare être intervenu dans la construction de plusieurs châteaux : au Verger (Anjou), à Gaillon (Normandie), mais aussi à Blois. Il dirige aussi le chantier du pont Notre-Dame à Paris (1500) et celui de la cathédrale de Bourges (1508-1515). A Amboise, Colin Biart a rempli « la charge et conduicte du fait de la maçonnerie des ediffices » du château. Plus tard, sa mention comme « maistre maçon en la ville de Bloys » rend plausible de lui attribuer la construction de l’aile Louis XII.

Sur l’actuelle place du Château, autrefois avant-cour, l’aile Louis XII présente une longue façade en briques, rythmée par des travées de hautes fenêtres à meneaux couronnées de lucarnes aux armes et emblèmes des souverains (écus de France et monogramme L et A de Louis et Anne). Des balcons marquent les emplacements des chambres du roi et de la reine d’où les princes contemplaient les joutes et tournois organisés dans l’avant cour. L’aile prend appui à droite (côté nord) sur le robuste pignon de la grande salle du XIIIe siècle. Elle est percée d’un portail dominé par une niche où se voit la statue équestre de Louis XII chevauchant en armes un cheval marchant à l’amble (allure d’apparat, le cheval levant les deux jambes du même côté. Une réplique sculptée en 1857 remplace la statue originale détruite à la Révolution.

Côté cour, l’aile Louis XII présente un aspect plus ouvert. La façade paraît moins massive : elle s’ouvre en rez-de-chaussée par une galerie alternant piliers sculptés de candélabres et colonnes ornées des emblèmes royaux. Elle est cantonnée de part et d’autres par deux tours abritant des escaliers en vis. La tour carrée de gauche (côté nord) abrite l’escalier d’honneur et forme un vrai pavillon, flanqué d’une tourelle en encorbellement permettant d’accéder à la salle haute. Sur un panneau sculpté de la tour d’escalier (comme au-dessus de plusieurs portes et passages de l’aile) se voit un porc-épic couronné, choisi comme emblème par Louis XII pour sa capacité (légendaire !) à projet ses piquants au loin…

L’aile Louis XII concilie fidélité aux habitudes de construire françaises, de tradition gothique, et une apparition timide d’italianisme. La construction en brique et pierre est à la mode à la fin du XVe siècle, en France comme en Flandre ; l’édifice reste fidèle aux formes qui caractérisent l’architecture française depuis le XIVe siècle : décor gothique (culots sculptés encadrant les baies), tours d’escalier hors œuvre (escalier du Louvre), haute toiture d’ardoise percée de lucarnes élancées éclairant un comble habitable. L’italianisme d’inspiration Renaissance n’apparaît qu’à travers de menus détails de l’ornementation (candélabres sur les piliers, coquilles sous la corniche de l’escalier…), ou de façon plus significative dans l’importance des galeries, ouverte au rez-de-chaussée et fermées aux étages. Ces galeries permettent d’accéder aisément à chaque salle, sans être contraint de traverser toutes les salles selon l’usage français.

Si le rez-de-chaussée est aujourd’hui dévolu aux espaces d’accueil du public (billetterie et boutique), l’étage abrite le musée des Beaux-Arts. Ce dernier occupe ainsi les anciens appartements de Louis XII et Anne de Bretagne : autour d’une grande salle munie de deux cheminées s’organisaient de part et d’autres les chambres et les cabinets du roi et de la reine. Les grandes cheminées polychromes et richement sculptées des emblèmes royaux ont été recréées au XIXe siècle par Félix Duban qui s’est inspiré des emblèmes royaux peints dans le manuscrit des Grandes heures d’Anne de Bretagne.

La chapelle a été amputée de sa nef au XVIIe siècle ; la façade et le portail qui la ferment à l’ouest sont un pastiche créé par Félix Duban et Jules de la Morandière en 1870. L’intérieur est éclairé par de hautes fenêtres munies de vitraux à thèmes historiques créés par le maître-verrier Max Ingrand en 1957. La galerie qui la flanque a également été tronquée au XIXe siècle.